CRISE POLITIQUE HAITIENNE : LE CERCLE VICIEUX D’UN HUMANITAIRE AVEUGLE

Entre aide humanitaire fatale et logique sécuritaire sacrifiée, chronique d’un fiasco annoncé

image principale de l'article CRISE POLITIQUE HAITIENNE : LE CERCLE VICIEUX D’UN HUMANITAIRE AVEUGLE dans le blog MT1969 de Michelson Thomas

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Les institutions internationales, censées être des piliers de sécurité et de la paix, nourrissent parfois le chaos qu’elles prétendent combattre. Le cas d’Haïti est emblématique. Comment oublier qu’alors que le pays s’enfonçait dans la terreur des gangs, le rapport de septembre 2020 du Secrétaire général de l’ONU (S/2020/944), endossé par la Représentante spéciale Helen Meagher LALIME , soutenait, sans ambages, que « la fédération des gangs armés (G9) a fait baisser de 12% le nombre d’homicides volontaires » ?
Cette déclaration, loin d’être une simple maladresse, révèle une dérive éthique profonde attribuant au G9 un rôle de « régulateur sécuritaire ». Mme LALIME n’a-t-elle pas légitimé l’illégitimable ? Qualifié de « mésinterprétation » par la suite face au tollé suscité, ce rapport restera comme un symbole patent de la complaisance – certains disent passivité, d’autres parlent de connivence – des institutions gardiennes supposées de l’ordre international dans une apologie amorale d’une fédération criminelle, présentée comme un facteur de stabilité. Il trahit non seulement une déconnexion cynique des réalités du terrain, mais aussi une capitulation édifiante, que d’aucuns qualifient de « complicité malsaine ». Pire, il a offert aux gangs une caution diplomatique, renforçant leur emprise sur un État déjà exsangue.
Alors qu’en Jamaïque, l’ONU déploie un programme intégré (SALIENT) pour traquer les gangs via un contrôle strict des armes et la formation de forces antigangs (budget : 70 millions de dollars), et qu’au Salvador, le président, Son Excellence Monsieur Nayib BUKELE impose une stratégie militarisée drastique – état d’urgence, incarcérations massives et méga-prison(coût : 112 millions en 2024) –, en Haïti, l’ONU se contente d’un « accompagnement inefficient » de la Police Nationale (PNH) et du système judiciaire qu’elle dit sous-équipés et infiltrés par les gangs et leurs complices en costumes-cravate. Cette dichotomie des approches soulève des préoccupations à la fois équivoques et révélatrices.
Aujourd’hui, l’OEA propose une nouvelle feuille de route reproduisant les mêmes schémas voués à l'échec, consacrant 1,4 milliard de dollars, soit 908 millions à l’humanitaire (70 %), contre seulement 96 millions à la sécurité (8 %). déséquilibre budgétaire Ce ne perpétue-t-il pas un effondrement inéluctable dans un pays où les gangs contrôlent environ 80% de la capitale. Comme le dénonce Frantz Duval dans Le Nouvelliste, cette vision réduit Haïti à un « pays d’affamés », car les décideurs, pourtant censés faire preuve de sagacité, ignorent obstinément que sans sécurité, aucune initiative viable, telle l’organisation des élections, n’est possible.
L’ONU, l’OEA, le CORE GROUP (États-Unis, France, ONU, etc.) et récemment la CARICOM, impliqués depuis des décennies dans les échecs de résolution des crises politiques haïtiennes avec la complicité des élites prédatrices locales et une population contrainte à l’attentisme (survie quotidienne oblige), reproduisent constamment des dynamiques de solutions contre-productives, telles: 
  • Soutien à la formation de gouvernements illégitimes ; 
  • Priorisation d’élections dans des contextes socio-politiques et environnements sécuritaires dégradés ; 
  • Déploiement de missions inopérantes ; 
  • Sanctions symboliques.
Guillaume Devin, dans son ouvrage « Faire la Paix », rappelle que les institutions internationales demeurent « indispensables malgré leurs lacunes ». Cependant, comment rompre avec la logique de « l'humanitaire d’urgence » et faire en sorte que l’octroi des fonds internationaux soit lié à des résultats concrets en matière de dispositions sécuritaires viables et de principes de gouvernance vertueuse et de redevabilité ?
Aujourd’hui, sans aucune stratégie cohérente et ferme de démantèlement des gangs armés et de désarmement sérieux, malgré le flux d’armes alarmant aux poreuses frontières haïtiennes, le pays ne pourra jamais prendre le virage sécuritaire radical nécessaire qui doit passer par : 
  • Le combat contre l’impunité en traquant les financements des gangs et leurs complicités politiques ; 
  • Le contrôle strict des armes ; 
  • Le renforcement des capacités des forces de l’ordre (armées et policières) ; 
  • Les audits institutionnels au niveau du « Secteur social » pour révéler les vérités enfouies relatives aux causes profondes de la violence armée.
Aussi, les déclarations des responsables d’institutions internationales, loin d’être des faux pas, incarnent-elles une philosophie d’approche biaisée de la paix, où même la terreur des groupes armés devient un moindre mal. Et, force est de constater que le plan de l’OEA s’inscrit dans cette même logique mortifère qui entérine les mécanismes de violence. Les institutions internationales n’ont-elles pas échoué en choisissant de gérer uniquement les conséquences superficielles du chaos plutôt que d’adresser ses causes profondes ?
Les responsables politiques ne devraient-ils pas, de ce fait, refuser cette feuille de route qui enterre toute chance de rétablissement d’un climat sécuritaire pérenne ?

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