DEVONS-NOUS “AIMER” NOS DIRIGEANTS-ES ?

Dirigeants-es : ni amour, ni haine, mais des comptes

image principale de l'article DEVONS-NOUS “AIMER” NOS DIRIGEANTS-ES ? dans le blog MT1969 de Michelson Thomas

Lire l'article

00:00 / 00:00
Non, nous n’avons pas à “aimer” les dirigeants-es qui nous gouvernent.

Certains esprits, un brin taquins, nous diront que la vraie question devrait plutôt se conjuguer avec le verbe haïr. Je les entends déjà sourire… mais restons, pour l’instant, sur le terrain de l’amour; le registre de la haine mérite sa propre réflexion, et nous essaierons d’y revenir dans un autre texte.
Nous restons donc à la notion d’amour, car prisonnier, pendant longtemps, de cette illusion affective comme beaucoup de nos compatriotes, nous en sommes arrivés, depuis quelques années, à la conclusion qu’aimer un dirigeant, surtout dans un pays aussi particulier qu’Haïti, se résume trop souvent à deux (2) postures contre-productives, voire toxiques :
  1. Fermer volontairement les yeux sur l'incompétence, la corruption et les abus de pouvoir.
  2. Ériger la politique en religion et considérer toute critique comme un blasphème punissable.

Oui, nous avons longtemps cru qu’un-e bon-ne président-e devait aussi être un être à chérir, un père, une mère, un sauveur.

Heureusement, notre regard a évolué, au gré d’expériences — du cœur vers la raison — et nous avons compris que cette confusion entre affection et évaluation critique a empoisonné notre vécu socio-politique.

Ce que nous devons comprendre, collectivement, est ceci : moins d’amour pour les chefs, plus d’amour pour le pays. Moins de fidélité aux personnes, plus de fidélité aux principes.

Oui, nous avons vu des foules acclamer des dirigeants-es comme on vénère un chanteur-se préféré-e, hurler leur nom, défendre leur honneur dans les médias, les réseaux sociaux — n’en parlons pas — comme on défendrait un-e parent-e, un être cher.

Que chacun aime qui il veut, comme il veut ! Si l'attachement personnel est un droit, il ne devrait en aucun cas brouiller le jugement citoyen, ni servir de prétexte pour absoudre l’échec, normaliser les dérives ou sacraliser l’autorité publique, car un peuple n’a pas besoin d’aimer son-sa dirigeant-e, il a besoin qu’il-elle travaille. 
image de l'article  dans le blog MT1969 de Michelson Thomas
Le-a dirigeant-e n’est point besoin d’être “Papa”, ni “Maman”, ni “Sauveur”, ni “Messie”, ni “Chef mystique”. Il est un mandataire et un prestataire de services publics.

Son contrat, sinon son mandat est simple : sécurité, justice, éducation, santé, infrastructures, cadre politique et économique minimalement prévisible, dans une gestion vertueuse des ressources publiques qui ne sont nullement une caisse noire à distribuer à des fidèles, mais un patrimoine commun à administrer avec rigueur pour l’intérêt général.

Nous avons trop souvent remplacé la citoyenneté active par la dévotion aveugle.

Nous remercions, sinon idolâtrons un Chef d’État, un haut fonctionnaire ou un-e élu-e local-e d’avoir inauguré une route, une pompe à eau comme s’il s’agissait d’un cadeau personnel, alors qu’il-elle ne fait qu’utiliser les fonds publics dérivés de nos taxes, pour remplir un devoir, un service public.

Nous avons trop souvent remplacé la citoyenneté active par la dévotion aveugle. Nous remercions un élu pour une route ou un point d'eau comme s'il s'agissait d'un cadeau personnel, alors qu'il ne fait que son devoir en utilisant nos fonds. Dans cette logique pervertie, contester devient un crime de lèse-majesté. Le critique est aussitôt taxé de jalousie, de traîtrise ou d'anti-patriotisme.

Dans cette logique pervertie, questionner, encore pire contester devient un crime de lèse-majesté. 
La critique est aussitôt taxé de jalousie, de traitrise, d’ambition malsaine ou pire : d’antipatriotisme

Cette sacralisation du pouvoir altère la maturité citoyenne. Est-ce que le peuple ne ressemble pas plus à un enfant qu'à un adulte... et je ne me réfère pas seulement au cas d'Haïti. Gérer les affaires de l'état en bon père de famille nous amène à ce sous-entendu que le peuple est enfantin ou qu'on doit l'infantiliser. 

Nous devons rejeter cette idée. Dans une République digne de ce nom, les dirigeants-es n'ont pas besoin d'être aimés. Ils doivent être contrôlés, surveillés, évalués. 

Un peuple adulte ne cherche pas un héros à admirer, mais un responsable dont il doit examiner les promesses à l'aune des attentes et résultats.

Le citoyen doit examiner les promesses par rapport aux résultats, demander — le cas échéant — des comptes et sanctionner quand il le faut, via les urnes ou autres moyens constitutionnels mis à sa disposition.

Respecter un homme-femme d’état qui fait bien son travail, OUI. Et même celui qui s'y prend mal a droit au respect dû à son rang. Le canoniser, NON.

Le jour où nous cesserons d’aimer aveuglément nos dirigeants-es pour mieux aimer notre pays, nous aurons déjà fait un pas décisif vers une véritable culture démocratique. Ils-elles sont des employés que nous engageons, que nous supervisons, et que nous devons être prêts à révoquer et à renvoyer si leur travail ou leur performance sont défaillants.

C'est donc en cessant de chercher UN SAUVEUR que nous pourrons enfin commencer à construire nous-mêmes le pays que nous méritons.

Finie la dévotion, place au contrôle.

Commentaires

Ajouter un commentaire