Dommage qu’en faisant ce clin d’oeil au chef d’œuvre de Steven Spielberg (Saving private Ryan -1998), je ne dispose ni des éléments de langage, encore moins de la rhétorique militaire idoine pour faire de cet article une manœuvre tactique où les mots se déploieraient en rangs serrés.
Aussi vais-je me cantonner au langage administratif - et à la limite sportif - pour camper cette course contre la montre à laquelle s'est engagé l'ultime Président du Conseil Présidentiel de Transition, Son Excellence, Monsieur Laurent Saint-Cyr, qui a eu à dire dans son discours d'investiture: "On a perdu trop de temps".
Il a, donc, par cette boutade lancé le compte à rebours, - d'autant que quelques mois seulement nous séparent - d'une échéance électorale que d’aucuns jugent déjà impossible à tenir.
Et pour cause, la résolution du défi sécuritaire constitue l'obstacle premier et absolu sans lequel toute percée s'annonce hypothétique, sinon impossible.
Si la Transition est ce soldat perdu derrière les lignes ennemies des gangs armés, et qu'il faut absolument ramener à bon port, ce, contre vents et marées; son salut ne dépend pas d'un Conseiller Présidentiel solitaire, mais de la coordination, du courage et de l'abnégation de l’ensemble du Conseil, du gouvernement, d’une armée d'agents publics que l'administration publique a déjà sur le terrain.
Le défi logistique et organisationnel est titanesque, et la tentation est grande, pour un nouveau gouvernement (en gestation) de se murer dans une dynamique d’autorité verticale en exigeant des résultats sous pression; une approche qui constitue le moyen le plus sûr d'échouer une énième fois.
L’éventuelle réussite de cette mission ne dépend pas d'un seul homme ou d'une seule femme, mais de l'engagement total de milliers de fonctionnaires et contractuels à qui il faut donner envie plutôt que des ordres.
Comme le dit si justement Justin Wright, «Si vous voulez que les gens se soucient de votre entreprise, montrez-leur d'abord que vous vous souciez d'eux en tant que personnes.»
À Monsieur le Premier Ministre, aux membres du gouvernement, et particulièrement aux nouveaux titulaires, voici le seul conseil qui vaille:
Voyez d'abord les femmes et les hommes derrière les postes, non comme une ressource, mais comme la ressource fondamentale. Avant de leur demander de s'impliquer dans cette course contre la montre, impliquez-vous pour eux.
Comment? En incarnant les traits d'un leadership exemplaire avec les agents publics:
- Responsabilisez-les. Au lieu de micro-manager, donnez-leur les moyens et l'autonomie pour agir. Faites-leur confiance. Un agent qui se sent responsabilisé et soutenu dans ses démarches battra des records insoupçonnés.
- Soyez à l'écoute. La machine étatique a ses spécificités que ceux qui la font tourner au quotidien en connaissent les forces et les faiblesses mieux que quiconque. Écoutez leurs retours, encouragez-les et valorisez leur expertise tout en étant animé, certes, du doute critique.
- Reconnaissez l'effort. La tâche est herculéenne. Chaque haie traversée, accomplissement, petite victoire mérite une reconnaissance publique et sincère. Un leader qui donne crédit à son équipe gagne sa loyauté.
- Montrez que vous vous souciez d'eux. Soyez calme et émotionnellement intelligent pour comprendre le stress immense qui pèse sur leurs épaules dans cette dictature du quotidien difficile et agissez pour l’atténuer, pas l'alourdir.
- Soyez transparent et redevable. Dans cette conjoncture aussi critique, communiquez avec une transparence absolue sur les objectifs, les indicateurs, les défis et les réalisations. La redevabilité, fruit de cette transparence, est le ciment de la confiance mutuelle capable de désamorcer les rumeurs dans cette aventure où chaque décision est un terrain miné à franchir et toute action un pari sur l'avenir; mais où jouer cartes sur table reste la seule stratégie gagnante pour garder l'équipe soudée et concentrée sur l'objectif final
Sauver la Transition est au prix de ce véritable parcours du combattant où chaque étape franchie représente une victoire en demi-finale qui mène vers la grande finale électorale.
En traitant vos agents comme des coéquipiers, partenaires et non uniquement comme des exécutants, en étant transparent et redevable, vous ne leur demanderez pas de vous suivre. Ils voudront vous suivre comme une équipe soudée suit son capitaine dans les moments décisifs.
Et c'est ensemble, et seulement ensemble, en maintenant le rythme jusqu'au coup de sifflet final, que le sauvetage d'apparence impossible deviendra réalisable.
Votre mission: être le coach qui inspire. Leur mission: être les joueurs qui gagnent.
Et ensemble, remporter le seul trophée qui vaille: l'avenir de la Nation.
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