MIGRATION CIRCULAIRE HAITI—ÉTATS-UNIS

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Animés par l’idée qu’Haïti et les États-Unis — malgré une histoire traversée d’épisodes tumultueux(occupation), d’ambivalences persistantes, y compris aujourd’hui la perception que des armes alimentent des gangs meurtriers, et d’incompréhensions nées de messages officiels parfois maladroits — peuvent bâtir une relation où les retombées soient mutuellement bénéfiques, nous plaidons pour un pragmatisme lucide qui ouvre la voie à une mobilité circulaire et professionnelle. La proximité géographique et l'entrecroisement humain des(2) deux peuples commandent d’ouvrir un cycle de coopération particulier, responsable.
Si nous ne contestons nullement un contrôle rigoureux des flux migratoires illicites aux frontières américaines, nous plaidons, par contre, pour des canaux légaux de mobilité et de formation capables de s’ouvrir sur des circuits économiques transparents et réciproquement rentables.

Dans cet esprit, les récentes annonces des autorités américaines concernant des saisies d’armes destinées à Haïti, signes d’une volonté de mieux endiguer ce trafic, offrent une opportunité d’envisager avec ouverture d’esprit, de la méthode, des garanties et de la réciprocité, une migration circulaire capable de répondre à l’exode des jeunes tout en répondant aux besoins des deux sociétés.

Il est temps de substituer à l’exil subi, incertain, voire périlleux, une mobilité choisie. Un pacte de migration circulaire entre Haïti et les États-Unis — piloté par le MJSAC — articulerait, d’un même geste, les besoins du marché américain (agriculture, hôtellerie-restauration, services) et l’ambition d’une jeunesse en quête de mobilité, d’opportunités d’études et de formations avancées. Plutôt qu’un loto-visa, nous optons pour une voie juridique, ordonnée, réciproquement utile.

Le MJSAC, pour porter ce projet, devra se distinguer sans ambiguïté des pratiques douteuses d’un passé récent — administrations empêtrées dans des malversations, détournements de fonds et corruption — en offrant aux partenaires américains, publics comme privés, des garanties vérifiables de transparence, d’intégrité et de redevabilité. En liant formation, mobilité encadrée, service et action civique nationale, il pourra garantir le retour pour servir : compétences certifiées, bourses de réinsertion et missions d’intérêt public au bénéfice des territoires « récupérés ».

Le cadre est connu et n’est autre que celui des Global Skill Partnerships. La formation s’opère en amont, en Haïti, co-conçue et cofinancée avec des employeurs américains ; s’y ajoutent l’anglais professionnel, la certification technique et la sensibilisation aux droits du travail. Les jeunes partent pour une période limitée (statuts saisonniers reconnus, tels que H-2A/H-2B) avec des contrats transparents, un salaire garanti, une couverture santé et une épargne portable. Au retour, reconnaissance des compétences et réinsertion : passerelles avec les entreprises, incubateurs, micro-bourses pour poursuivre des études et une spécialisation. La mobilité cesse d’être fuite ; elle devient investissement en capital humain. Et qui sait, un jour nous pourrions évoquer le cas de travailleurs hautement spécialisés ( diplômés de l'enseignement supérieur ) dans des domaines comme la technologie, l'ingénierie, la finance, etc.!

Côté haïtien : Gouvernance : le MJSAC, avec un guichet unique de sélection, de protection et de suivi, coordonne, en partenariat avec le Ministère des Affaires sociales et du Travail (MAST), celui des Affaires étrangères (MAE) et de l’Économie et des Finances (MEF) ; côté américain, un comité miroir (Department of Labor - DoL, Department of Homeland Security - DHS, State Department, et employeurs).

S’installerait un recrutement éthique (zéro intermédiaire prédateur), quotas sectoriels, parité de genre et inclusion territoriale, contrôle indépendant et évaluation annuelle. La mise en place d’un fonds bilatéral pourrait même être envisagée — contributions publiques, employeurs, diaspora —qui financerait des bourses, un accompagnement et une réinsertion.

Condition sine qua non : LA SÉCURITÉ.

En effet, sans reconquête de l’espace public, aucun centre de formation n’est durable, aucune réinsertion n’est crédible, aucun retour n’est souhaitable. Lutte contre les gangs, rétablissement de l’état civil et des services (passeports, certifications), réhabilitation des lycées techniques et IFPM : voilà la première condition de possibilité de toute politique migratoire crédible. Faute de quoi, le dispositif deviendrait un tapis roulant d’illusions.

Ce modèle de migration circulaire n’est ni charité ni hémorragie des talents : c’est un contrat d’avenir. Haïti y gagne des compétences et des entrepreneurs ; les États-Unis, une main-d’œuvre jeune, qualifiée et protégée. Aux deux (2) gouvernements d’ouvrir rapidement des cohortes pilotes, adossées à la sécurité et à la transparence, pour que circuler rime enfin avec revenir et construire.

Références bibliographiques
  1. Banque mondiale (WDR 2023) ; Michael A. Clemens, Global Skill Partnerships ; DoL/DHS (H-2A/H-2B) ; OIT, Recrutement équitable.
  2. Michael A. Clemens, Global Skill Partnerships (Center for Global Development).
  3. Banque mondiale, World Development Report 2023: Migrants, Refugees, and Societies.
  4. U.S. Department of Labor & Department of Homeland Security, programmes H-2A/H-2B.
  5. OIT, Principes et directives opérationnelles pour un recrutement équitable.

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