On résume souvent les déboires haïtiens à l’existence d’une oligarchie prédatrice, comme si celle-ci était une anomalie morale surgie de nulle part.
Pourtant, un vieux proverbe anglo-saxon rappelle une vérité brutale : « He who has the gold makes the rules » — celui qui a l’or fait les règles.
Dès lors, une question s’impose : en Haïti, qui a eu l’or, et depuis quand ?
Un système économique ne produit jamais que ce qu’il promeut, sinon récompense.
Or, depuis des décennies, l’État haïtien récompense moins la production que la rente, moins l’investissement que l’importation, moins le travail que la proximité avec le pouvoir.
Quand les douanes, les franchises, les exemptions et les monopoles rapportent plus que l’usine, la terre ou l’atelier, les acteurs économiques ne font que s’adapter.
L’oligarchie n’est pas nécessairement prédatrice par nature ; elle devient prédatrice par structure d’opportunités; certains diront opportunisme.
Mais ce problème est bien plus ancien. Si l’on remonte aux origines mêmes de l’État haïtien, nous noterons, avec la prudence que recommande la modestie intellectuelle, que les choix économiques et politiques de l’après-Indépendance ont, dès le départ, hypothéqué la possibilité d’un État équitable.
Après 1804, la jeune nation hérite d’un monde hostile, mais aussi d’un dilemme fondamental : comment organiser la production, la propriété, la richesse et l’autorité ? Qui devait détenir « l’or » et donc écrire les commandes et fixer les règles ?
L’assassinat de Dessalines marque une rupture tragique. S’ensuivent des choix de gouvernance fragmentés, une élite d’État qui se constitue plus comme classe de captation que comme classe de construction; et surtout cette décision funeste : la rançon de l’indépendance, qui installe durablement la logique d’extraction au cœur même de l’appareil public.
Dès lors, l’État ne devient pas l’architecte du développement, mais l’instrument de sa propre survie financière — et de la survie de ceux qui le contrôlent; voire de fourvoiement.
Dès lors, peut-on sérieusement s’étonner que, deux siècles plus tard:
La vraie question n’est peut-être pas : pourquoi l’oligarchie est-elle prédatrice ? Mais plutôt : pourquoi l’État a-t-il si constamment fabriqué des règles qui rendent la prédation plus rationnelle que la création de richesse ?
Et plus inconfortable encore : nos élites — économiques, politiques, intellectuelles — ont-elles réellement voulu autre chose ? Ont-elles sérieusement tenté de bâtir un État arbitre, stratège, organisateur d’un accès équitable aux moyens de production ? Ou se sont-elles, au fond, accommodées d’un ordre où l’on cherche moins à produire qu’à capter la règle ?
Toutes ces réflexions me commandent une conclusion simple : il ne s’agit pas de diaboliser les élites, mais de changer les règles. Tant que produire sera plus risqué qu’importer, tant que créer de l’emploi sera moins rentable que capter une rente, ceux qui auront l’or continueront d’écrire les règles — et l’État continuera de qu’il gouverne dans l'intérêt général.
Dès lors, une question s’impose : en Haïti, qui a eu l’or, et depuis quand ?
Un système économique ne produit jamais que ce qu’il promeut, sinon récompense.
Or, depuis des décennies, l’État haïtien récompense moins la production que la rente, moins l’investissement que l’importation, moins le travail que la proximité avec le pouvoir.
Quand les douanes, les franchises, les exemptions et les monopoles rapportent plus que l’usine, la terre ou l’atelier, les acteurs économiques ne font que s’adapter.
L’oligarchie n’est pas nécessairement prédatrice par nature ; elle devient prédatrice par structure d’opportunités; certains diront opportunisme.
Mais ce problème est bien plus ancien. Si l’on remonte aux origines mêmes de l’État haïtien, nous noterons, avec la prudence que recommande la modestie intellectuelle, que les choix économiques et politiques de l’après-Indépendance ont, dès le départ, hypothéqué la possibilité d’un État équitable.
Après 1804, la jeune nation hérite d’un monde hostile, mais aussi d’un dilemme fondamental : comment organiser la production, la propriété, la richesse et l’autorité ? Qui devait détenir « l’or » et donc écrire les commandes et fixer les règles ?
L’assassinat de Dessalines marque une rupture tragique. S’ensuivent des choix de gouvernance fragmentés, une élite d’État qui se constitue plus comme classe de captation que comme classe de construction; et surtout cette décision funeste : la rançon de l’indépendance, qui installe durablement la logique d’extraction au cœur même de l’appareil public.
Dès lors, l’État ne devient pas l’architecte du développement, mais l’instrument de sa propre survie financière — et de la survie de ceux qui le contrôlent; voire de fourvoiement.
Dès lors, peut-on sérieusement s’étonner que, deux siècles plus tard:
- Notre économie soit structurée autour de la rente plutôt que de la production ?
- Que l’importation soit plus sûre que l’investissement ?
- Que la proximité du pouvoir vaille plus que l’innovation ?
La vraie question n’est peut-être pas : pourquoi l’oligarchie est-elle prédatrice ? Mais plutôt : pourquoi l’État a-t-il si constamment fabriqué des règles qui rendent la prédation plus rationnelle que la création de richesse ?
Et plus inconfortable encore : nos élites — économiques, politiques, intellectuelles — ont-elles réellement voulu autre chose ? Ont-elles sérieusement tenté de bâtir un État arbitre, stratège, organisateur d’un accès équitable aux moyens de production ? Ou se sont-elles, au fond, accommodées d’un ordre où l’on cherche moins à produire qu’à capter la règle ?
Toutes ces réflexions me commandent une conclusion simple : il ne s’agit pas de diaboliser les élites, mais de changer les règles. Tant que produire sera plus risqué qu’importer, tant que créer de l’emploi sera moins rentable que capter une rente, ceux qui auront l’or continueront d’écrire les règles — et l’État continuera de qu’il gouverne dans l'intérêt général.
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