1985 – 2025 : LE NAUFRAGE D’UNE GENERATION

image principale de l'article 1985 – 2025 : LE NAUFRAGE D’UNE GENERATION dans le blog MT1969 de Michelson Thomas

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À la fin des années 1980, après le départ du feu président Jean-Claude Duvalier, une génération de jeunes, avide de changement – certains pensent qu'ils ont été manipulés par des esprits malins et calculateurs, au service d’ambitions dissimulées derrière des promesses de renouveau n'engageant que ceux qui y croyaient – a été témoin, dans un certain clair-obscur et contexte d’aspirations contrastées, de la mise en place, en 1996, de la Secrétairerie d’État à la Jeunesse, aux Sports et au Service Civique (SEJSSC), avec pour mission de définir la politique devant l’encadrer et l’accompagner dans son cheminement d'engagement citoyen.
C’est ainsi qu’en 1997, une étude exploratoire – d’autres ont suivi – fut réalisée dans le cadre d’une politique de jeunesse que la SEJSSC entendait élaborer. Commanditée avec l’appui du PNUD et du FAC, cette enquête, menée par le consultant Yves-François Pierre, dressait le portrait nuancé d’une jeunesse à la fois éprouvée et confiante. Elle révélait notamment une forme d’optimisme chez une frange importante de jeunes, croyant en l’avenir du pays et en l’ancrage durable de la « démocratie », malgré des conditions socio-économiques déjà très difficiles.

Près de quatre (4) décennies plus tard, le constat est amer. Comment expliquer que cette même jeunesse, qui aspirait à participer activement à la vie nationale et croyait en un avenir meilleur, semble aujourd’hui massivement se détourner de l'éducation, défier l’État, rejeter ses dirigeants et, pour une partie d’entre elle, basculer dans la débauche, la violence et rejoindre les gangs armés ?

La question est contrariante mais pertinente d’autant qu’elle interpelle moins la jeunesse elle-même que ceux chargés de guider sa destinée en l’éduquant et lui offrant des perspectives et opportunités propices à son épanouissement.

Le Ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Action Civique (MJSAC), héritier de la SEJSSC, a-t-il rempli la mission pour laquelle il avait été investi ?

Les nombreuses politiques nationales de jeunesse élaborées au gré des alternances, non assorties deprogrammes et projets élaborés selon des orientations stratégiques validées par les élus de la nation, sont restées lettres mortes, sacrifiées souvent sur l'autel des luttes politiciennes. Elles n'ont, par conséquent, in fine, jamais bénéficié des investissements publics idoines nécessaires à leur mise en œuvre.

Aussi, on peut légitimement penser que la gestion des affaires publiques se rapportant aux domaines de la Jeunesse, des Sports et du Civisme a trop souvent été reléguée en arrière-plan des priorités gouvernementales par des nominations clientélistes au sein d’une institution hypertrophiée, anormalement surpeuplée d’acteurs organisationnels recrutés sans termes de référence, agissant sans description de tâches,« travaillant » sans orientations stratégiques et objectifs clairs, et fonctionnant en « pompiers » dans la culture de « l’urgence permanente. »

Les autorités éducatives portent, elles aussi, une lourde part de responsabilité. Comment former des citoyens éclairés dans un système scolaire en déliquescence, qui n’offre ni savoir-faire technique ni espoir d’insertion professionnelle ?

La chaîne des responsabilités ne s’arrête pas là. Et pour cause, les élus, rejoints par une fraction des élites économiques et intellectuelles, se sont trop souvent faits, par calcul, clientélisme, indifférence, passivité ou omission, les complices d’un système inégalitaire et parfois corrompu. La Société civile – y compris une partie de la presse – n’a, quant à elle, pas toujours assumé, avec la rigueur nécessaire, son rôle de contre-pouvoir et de proposition face à des dérives avérées.

Enfin, les partenaires internationaux gagneraient également à s'interroger sur les effets de leur approche. Un dialogue parfois trop exclusif avec des interlocuteurs aux intérêts et visions biaisés, conjugué à une exigence insuffisante de redevabilité, n’a-t-il pas affaibli tout l’écosystème et indirectement perpétué des schémas contre-productifs, voire préjudiciables ?

Résultat : une frange de la jeunesse, qui aspirait à s’impliquer positivement dans la vie associative, s’est détournée des institutions jugées illégitimes, manifestant une défiance envers l’État et ses représentants en s’orientant vers l’économie nocive de la violence armée. Ce n’est ni une fatalité, encore moins le fruit d’un tempérament collectif, mais celui d’un abandon systémique, malheureusement trop prolongé.

Sommes-nous prêts à l’admettre ? Si oui, il s’avère urgent de poser un diagnostic sans complaisance et d’interpeller une véritable responsabilité collective et partagée – des pouvoirs publics et privés – pour, enfin, offrir à notre jeunesse l’encadrement et l’avenir dont elle a besoin, ceux qu’elle avait déjà, et dont elle a toujours cruellement besoin.

Et si la réticence générale peine encore à reconnaître que le MJSAC a failli dans sa mission, ne sommes-nous pas aujourd’hui à un carrefour d’exigences de renouveau où il faut penser et agir autrement pour cette jeunesse, plutôt que de persister dans des approches éculées et des solutions inefficaces du passé ?

 Tout au moins, et si, à l'issue de cette nécessaire remise en question, nous procédions à la conception de nouveaux paradigmes d'accompagnement qui montrent clairement que nous ne sommes pas en panne d’inspiration, mais bien décidés à replacer la jeunesse au cœur du projet de refondation nationale.

Le salut de toute la nouvelle génération doit passer par cette volonté impérative de rompre avec l’appoint clientéliste, l’incompétence, l’improvisation et la corruption.

La question n’est plus : « Quelle politique pour quelle jeunesse ? » mais : « Avons-nous la volonté politique et la conscience collective pour sécuriser l’avenir des jeunes d’aujourd’hui ? »

Sources mentionnées dans le texte : Étude exploratoire commanditée par la SEJSSC avec l’appui du PNUD et du FAC (1997) ; documents institutionnels relatifs à la SEJSSC/MJSAC.

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