Nombre d’acteurs — plates-formes citoyennes, associations de la société civile, organisations internationales, ONG et même programmes gouvernementaux — rivalisent d’initiatives prétendant répondre à la problématique du développement et de la protection de la «Jeunesse ».
Celles-ci adoptent un registre connu, commun : entrepreneuriat et insertion professionnelle des jeunes, autonomisation des femmes et des filles, éducation civique et participation communautaire, inclusion numérique, activités sportives et culturelles comme leviers de cohésion sociale, de promotion de la paix, de la santé mentale et de la protection sociale, activités de volontariat citoyen, de leadership local, etc.
Certaines sont pertinentes, d’autres, franchement, déconnectées de la réalité du terrain et dépourvues de mécanismes de suivi et d'évaluation capables de démontrer leur utilité sur le terrain et de mesurer leur impact réel (Nous y reviendrons). Et quasiment toutes partagent un dénominateur commun : elles se heurtent — et se brisent — sur le roc de l’insécurité si celle-ci n’est pas d’abord endiguée.
Les faits sont têtus. Une étude récente commandée par le MJSAC sur la violence armée et ses répercussions sur la jeunesse, ainsi qu’une analyse de la Banque mondiale, convergent : le niveau d’insécurité demeure « élevé » et la réussite de toute réforme « dépendra fortement de l’évolution du contexte social et sécuritaire ». Au 30 juin 2025, on dénombrait déjà plus de trois mille cinq cents (3 100) morts et un million trois cent mille (1,3 million) déplacés internes — un pays à bout de souffle où écoles, entreprises et institutions tournent à vide tant que l’espace public demeure confisqué par la peur. 1 2
Or, la population haïtienne y est majoritairement jeune ; mais cette force potentielle est également la première cible. L’ONU alerte : jusqu’à 50 % des membres de gangs seraient aujourd’hui mineurs, certains âgés de dix ans seulement 3 . Et l’UNICEF a documenté une hausse de 70 % du recrutement d’enfants par des groupes armés en 2024, ce qui indique un emballement du cycle de la violence 4 .
Face à ce douloureux constat, la mobilisation proactive, intelligente et non violente des jeunes n’est pas un supplément d’âme : c’est une nécessité vitale. Reste cependant une question politique et morale : qui mobilise et au nom de quelle crédibilité ?
Le ministère censé porter cette mission, le MJSAC, est entouré de graves soupçons. Le 26septembre 2025, l’ULCC a recommandé des poursuites contre la ministre Niola Lynn Sarah Devalus Octavius pour détournement présumé de fonds publics destinés aux commémorations de Vertières 2024 (environ 7,66 millions de gourdes sur 10 millions) 5 . Le cabinet de la ministre a répliqué en affirmant avoir respecté les procédures 6 . Dès lors, comment demander à la jeunesse de se ranger derrière un ministère dont l’autorité morale est publiquement contestée ? Sans vérité, transparence et responsabilité, l’adhésion restera fragile.
Voici quelques exemples concrets d’initiatives qui interpellent autant sur leur portée réelle que sur leur redevabilité.
Pourquoi avancer avec cette prudence méthodologique ? Parce qu’à l’échelle macro, la situation dégénère : fermeture d’un centre d’urgence de MSF à Port-au-Prince sous les tirs (alors qu’environ 90% de la capitale serait sous le contrôle de gangs), plus de 3 100 morts au 1er semestre 2025, et 680000 enfants désormais déplacés, presque le double en un an 1112 . Tant que les dispositifs resteront isolés et non mesurés, ils ne freineront pas cette spirale négative.
En outre, compte tenu de la transversalité « Jeunesse », le MJSAC doit travailler en synergie formelle renouvelée avec le Ministère de la Condition féminine (prévention, autonomisation, sécurité des filles), le Ministère de la Justice et de la Sécurité publique (chaîne police-justice de proximité) et le Ministère de la Défense (appuis à la protection du territoire).
Côté financement, le PIJE, relancé le 12 août 2025 par le Ministère de l’Économie et des Finances(MEF), peut financer des volets d’engagement civique liés à la sécurité, si et seulement si ces actions sont coordonnées et évaluées.
En parallèle, l’initiative PREJEUNES (UNICEF/Gouvernement) contre le recrutement armé peut servir de passerelle pour la prévention et la réinsertion.
Dès lors, trois (3) exigences s’imposent :
Cependant, sans assainissement et une réforme institutionnelle au MJSAC, ces garde-fous resteront ténus. Et tant que l’espace public restera confisqué par la peur, toutes les solutions envisagées ne seront que des vœux pieux.
Aussi, à la jeunesse de reprendre l’espace citoyen et le terrain civique, légalement, pacifiquement et méthodiquement. À l’État et au MJSAC de regagner la confiance par l’exemplarité, la transparence et la redevabilité publique. Au secteur privé et à la société civile de coopérer, d’encadrer et d’évaluer avec leurs ressources multiformes.
En Haïti, la seule voie réaliste vers la mise en œuvre d’initiatives orientées vers la « Jeunesse » passe d’abord par la sécurisation. Ces dernières seraient portées par le MJSAC aux côtés des institutions publiques et privées susmentionnées.
1 Banque mondiale, « The World Bank’s Strategy for Haiti’s Recovery », 15 septembre 2025.2 Organisation internationale pour les migrations (OIM), « Haiti Sees Record Displacement as 1.3Million Flee Violence », 11 juin 2025.3 Reuters, « UN warns of more Haitian children in crossfire as gang recruitment grows », 14 octobre2025.4 UNICEF, « Number of children in Haiti recruited by armed groups soars by 70% in one year », 24novembre 2024.5 Le Nouvelliste, « Corruption : l’ULCC recommande des poursuites contre la ministre des Sports »,26 septembre 2025.6 Le Nouvelliste, « ULCC/enquête : le cabinet de la ministre des Sports riposte », 3 octobre 2025.7 Haiti Climat, « Nord : 54 jeunes formés à la protection civile seront déployés… », 5 février 2025.8 Le National, « MJSAC : 200 brigadiers scolaires formés au volontariat », 7 décembre 2024.9 HaitiLibre, « 300 jeunes nouveaux brigadiers volontaires diplômés », 22 août 2017.10 OEA/PADF, « Social inclusion & community violence reduction (Cité-Soleil) », s.d.11 Associated Press, « Doctors Without Borders permanently closes its emergency center in Haiti’scapital », 15 octobre 2025.12 Reuters, « Haiti children displaced by violence nearly double in a year, UNICEF says », 8 octobre2025.
Certaines sont pertinentes, d’autres, franchement, déconnectées de la réalité du terrain et dépourvues de mécanismes de suivi et d'évaluation capables de démontrer leur utilité sur le terrain et de mesurer leur impact réel (Nous y reviendrons). Et quasiment toutes partagent un dénominateur commun : elles se heurtent — et se brisent — sur le roc de l’insécurité si celle-ci n’est pas d’abord endiguée.
Les faits sont têtus. Une étude récente commandée par le MJSAC sur la violence armée et ses répercussions sur la jeunesse, ainsi qu’une analyse de la Banque mondiale, convergent : le niveau d’insécurité demeure « élevé » et la réussite de toute réforme « dépendra fortement de l’évolution du contexte social et sécuritaire ». Au 30 juin 2025, on dénombrait déjà plus de trois mille cinq cents (3 100) morts et un million trois cent mille (1,3 million) déplacés internes — un pays à bout de souffle où écoles, entreprises et institutions tournent à vide tant que l’espace public demeure confisqué par la peur. 1 2
Or, la population haïtienne y est majoritairement jeune ; mais cette force potentielle est également la première cible. L’ONU alerte : jusqu’à 50 % des membres de gangs seraient aujourd’hui mineurs, certains âgés de dix ans seulement 3 . Et l’UNICEF a documenté une hausse de 70 % du recrutement d’enfants par des groupes armés en 2024, ce qui indique un emballement du cycle de la violence 4 .
Face à ce douloureux constat, la mobilisation proactive, intelligente et non violente des jeunes n’est pas un supplément d’âme : c’est une nécessité vitale. Reste cependant une question politique et morale : qui mobilise et au nom de quelle crédibilité ?
Le ministère censé porter cette mission, le MJSAC, est entouré de graves soupçons. Le 26septembre 2025, l’ULCC a recommandé des poursuites contre la ministre Niola Lynn Sarah Devalus Octavius pour détournement présumé de fonds publics destinés aux commémorations de Vertières 2024 (environ 7,66 millions de gourdes sur 10 millions) 5 . Le cabinet de la ministre a répliqué en affirmant avoir respecté les procédures 6 . Dès lors, comment demander à la jeunesse de se ranger derrière un ministère dont l’autorité morale est publiquement contestée ? Sans vérité, transparence et responsabilité, l’adhésion restera fragile.
Voici quelques exemples concrets d’initiatives qui interpellent autant sur leur portée réelle que sur leur redevabilité.
- Cap-Haïtien (2025) : Cinquante-quatre (54) brigadiers de protection civile formés (GRD, premiers secours, appui à la circulation). Initiative utile à l’échelle communale, mais où sont les indicateurs publics (baisse des incidents, délais d’intervention, pérennité budgétaire) ? 7
- MJSAC (2024) : ~ Deux cents (200) brigadiers scolaires formés avec l’appui onusien (secourisme, GRD, civisme). Signal positif, terni par les controverses actuelles et par l’absence d’une chaîne d’intégration claire avec la PNH et la Protection civile 8 .
- Projet PASOJEPS (2024-2025) : annoncé pour six à sept cents (600-700) jeunes, il est mis en cause par un rapport d’ECC (3 juillet 2025) : retards de paiement, allégations de « rançonnement » d’environ trente mille (30 000) HTG sur des chèques de cinquante-trois mille deux cent cinquante (53 250) HTG, plus de deux cents (200) chèques non remis au moment du rapport ; ECC recommande un paiement immédiat et un audit.
- Aire métropolitaine (2017) : Trois cents (300) jeunes formés (gestion de conflits, secourisme, civisme, rôle de la PNH). Beau design… Huit ans plus tard, aucune évaluation longitudinale n'est publiée, alors que les gangs ont étendu leur emprise 9 .
- Cité-Soleil (OEA/PADF) : financement de vingt-sept (27) organisations de base et appui à la police de proximité. Ingénierie sociale pertinente, mais couverture limitée et financement non pérenne : faible effet d’échelle 10 .
Pourquoi avancer avec cette prudence méthodologique ? Parce qu’à l’échelle macro, la situation dégénère : fermeture d’un centre d’urgence de MSF à Port-au-Prince sous les tirs (alors qu’environ 90% de la capitale serait sous le contrôle de gangs), plus de 3 100 morts au 1er semestre 2025, et 680000 enfants désormais déplacés, presque le double en un an 1112 . Tant que les dispositifs resteront isolés et non mesurés, ils ne freineront pas cette spirale négative.
En outre, compte tenu de la transversalité « Jeunesse », le MJSAC doit travailler en synergie formelle renouvelée avec le Ministère de la Condition féminine (prévention, autonomisation, sécurité des filles), le Ministère de la Justice et de la Sécurité publique (chaîne police-justice de proximité) et le Ministère de la Défense (appuis à la protection du territoire).
Côté financement, le PIJE, relancé le 12 août 2025 par le Ministère de l’Économie et des Finances(MEF), peut financer des volets d’engagement civique liés à la sécurité, si et seulement si ces actions sont coordonnées et évaluées.
En parallèle, l’initiative PREJEUNES (UNICEF/Gouvernement) contre le recrutement armé peut servir de passerelle pour la prévention et la réinsertion.
Dès lors, trois (3) exigences s’imposent :
- Des indicateurs clés de performance publics (incidents autour des écoles, délais d’intervention, rétention des jeunes formés, couverture géographique, etc.);
- Une évaluation indépendante (Cour supérieure des comptes, universités, société civile, etc.).
- Une intégration opérationnelle avec la PNH (police de proximité), la FADH (protection territoriale), la Protection civile et les collectivités territoriales (protocoles, supervision conjointe, financements pluriannuels, etc.).
Cependant, sans assainissement et une réforme institutionnelle au MJSAC, ces garde-fous resteront ténus. Et tant que l’espace public restera confisqué par la peur, toutes les solutions envisagées ne seront que des vœux pieux.
Aussi, à la jeunesse de reprendre l’espace citoyen et le terrain civique, légalement, pacifiquement et méthodiquement. À l’État et au MJSAC de regagner la confiance par l’exemplarité, la transparence et la redevabilité publique. Au secteur privé et à la société civile de coopérer, d’encadrer et d’évaluer avec leurs ressources multiformes.
En Haïti, la seule voie réaliste vers la mise en œuvre d’initiatives orientées vers la « Jeunesse » passe d’abord par la sécurisation. Ces dernières seraient portées par le MJSAC aux côtés des institutions publiques et privées susmentionnées.
1 Banque mondiale, « The World Bank’s Strategy for Haiti’s Recovery », 15 septembre 2025.2 Organisation internationale pour les migrations (OIM), « Haiti Sees Record Displacement as 1.3Million Flee Violence », 11 juin 2025.3 Reuters, « UN warns of more Haitian children in crossfire as gang recruitment grows », 14 octobre2025.4 UNICEF, « Number of children in Haiti recruited by armed groups soars by 70% in one year », 24novembre 2024.5 Le Nouvelliste, « Corruption : l’ULCC recommande des poursuites contre la ministre des Sports »,26 septembre 2025.6 Le Nouvelliste, « ULCC/enquête : le cabinet de la ministre des Sports riposte », 3 octobre 2025.7 Haiti Climat, « Nord : 54 jeunes formés à la protection civile seront déployés… », 5 février 2025.8 Le National, « MJSAC : 200 brigadiers scolaires formés au volontariat », 7 décembre 2024.9 HaitiLibre, « 300 jeunes nouveaux brigadiers volontaires diplômés », 22 août 2017.10 OEA/PADF, « Social inclusion & community violence reduction (Cité-Soleil) », s.d.11 Associated Press, « Doctors Without Borders permanently closes its emergency center in Haiti’scapital », 15 octobre 2025.12 Reuters, « Haiti children displaced by violence nearly double in a year, UNICEF says », 8 octobre2025.
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