Le décret portant organisation et fonctionnement du Ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Action civique (MJSAC)

L’occasion manquée….

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J’ai observé, non sans perplexité, l’accueil réservé au décret portant organisation et fonctionnement du MJSAC, vu comme une avancée majeure et relayé par une presse complaisante qui se pose davantage en chambre d’écho qu’en espace d’examen critique ; d’autant que le texte prétend refonder l’architecture d’un ministère aussi stratégique pour la jeunesse, le sport et le civisme.

Certes, le MJSAC avait besoin d’un texte organique actualisé, capable de définir sa mission, clarifier son organigramme, préciser ses attributions et inscrire son action dans les standards contemporains de la gestion publique. Aucun ministère ne peut fonctionner durablement dans le flou, surtout lorsqu’il touche à trois dimensions cardinales de la société : l’encadrement de la jeunesse, la le développement des sports et la promotion du civisme.
Cependant, juger un texte de réforme administrative à la solennité et à l’élégance de son exposé des motifs plutôt qu’à sa capacité à organiser le réel est réducteur.

Une lecture approfondie du texte révèle ses limites : ce qu’il présente comme une modernisation relève, en vérité, de l’architecture générale déjà consacrée par le décret du 17 mai 2005 sur l’Administration centrale de l’État : direction générale, directions, services, unités, déconcentration territoriale, coordination, contrôle, planification. Le nouveau texte ne fait que rebaptiser des mécanismes connus, sans toucher d’une ligne aux véritables sources d’inefficacité.

Comment eût-il pu être autrement, lorsqu’aucun diagnostic institutionnel préalable n’a été établi ? Où est l’inventaire des capacités existantes ? Où est l’évaluation des programmes passés ? Où est la mémoire administrative des cadres qui ont, parfois dans l’ombre, exercé les fonctions de formation, d’encadrement, d’inspection, de supervision et de suivi des associations sportives, civiques et de jeunesse ? La presse, a-t-elle jugé utile de vérifier si ces préalables existaient ou de savoir pourquoi ils brillaient par leur absence ?

Certes, le décret mentionne la formation, le contrôle, l’audit interne, l’appui aux associations, la documentation sportive et la déconcentration départementale. Mais ces mentions demeurent dispersées et insuffisamment institutionnalisées.

À titre d’exemple, deux fonctions essentielles illustrent ce flottement :
  1. La formation, au lieu d’être pensée et considérée comme une infrastructure stratégique du ministère, apparaît comme une simple attribution parmi d’autres.
  2. L’inspection, la supervision et la redevabilité sectorielle, pourtant indispensables à toute tutelle, tout contrôle ou tout partenariat sérieux relatif au mouvement sportif et associatif, ne sont pas suffisamment érigées en mécanismes permanents, lisibles et opposables.

Toutefois, le silence le plus préoccupant porte sur l’écosystème historique de formation et d’insertion du ministère. Le Centre Polyvalent de Formation (CPF), qui hébergeait jadis l’École de l’Espoir Michael Sylvestre (devenue l’École Professionnelle de l’Espoir), l’École nationale des talents sportifs (ENTS) et devrait accueillir, à l’avenir, l’École nationale des talents artistiques (ENTA) et l’École nationale des talents musicaux (ENTM), n’est plus qu’un simple souvenir administratif.

Pourtant, une enquête préalable menée par les concepteurs de ce décret aurait montré que le MJSAC a été conçu comme un lieu de transmission des savoirs, de détection, de formation, de mobilité, d’insertion socio-économique. Les traiter comme des pièces secondaires, voire les ignorer, revient à affaiblir la vocation et la raison d’être même du ministère.

Aussi, selon ma modeste analyse, que j’ai défendue en tant que Directeur général, une réforme sérieuse aurait-elle dû partir d’un diagnostic institutionnel pour l’élaboration d’un livre blanc : état des lieux, cartographie des structures, audit des ressources humaines, bilan des programmes, analyse des besoins territoriaux, consultation des cadres techniques et propositions normatives cohérentes.

Sans cette démarche, le décret risque de produire une modernité de façade : beaucoup d’intitulés, quelques unités, des directions alignées, mais peu de garanties quant à la capacité réelle du MJSAC à remplir sa mission de former, contrôler, évaluer et transformer. Il répondrait alors mal à ce que la jeunesse haïtienne attend vraiment : des politiques, des programmes, des passerelles, des structures opérationnelles, capables d’interagir dans un organigramme fonctionnel.

Ce décret, malgré quelques intentions défendables, ressemble moins à une refondation qu’à une occasion manquée habillant maladroitement l’administration sans soigner l’institution.

Dans un pays où la jeunesse a trop souvent vu ce qui lui était promis finir dans les angles morts de la corruption et de l’irresponsabilité publique, peut-on encore se permettre de confondre l’architecture juridique du MJSAC avec une volonté réelle de réparer l’avenir confisqué de la jeunesse et des sportifs ?

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