L'IA parle d'Haïti, mais avec quels yeux ?

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Quoiqu'adepte des progrès technologiques, c’est avec l'inquiétude d'un citoyen préoccupé que je regarde l’évolution de l’intelligence artificielle qui, dans une dialectique implacable, est en train de devenir à la fois un formidable accélérateur d’égalité des chances pour les jeunes en Haïti et un inquiétant amplificateur d'inégalités et d'exclusions déjà à l’œuvre dans nos sociétés.

Pour que, dans notre pays, la promesse l’emporte sur le péril, encore faudrait-il que la SÉCURITÉ, l’accès à Internet, aux outils et à la formation cessent d’être des privilèges, et que nos jeunes ne grandissent pas en simples consommateurs passifs d’innovations dont ils ignorent les ressorts, ni en étant témoins d'aînés et d'élites corrompus et impunis érigés en modèles de réussite. 
C’est précisément ici que la promesse technologique rencontre la question du sens et du devenir de notre société intimement liée, notamment à l'évolution de notre jeunesse.

Qui produit les signes, les catégories et les récits à partir desquels l’intelligence artificielle apprend à lire le monde et, parmi ses réalités, Haïti ?

Si cette technologie qui redessine déjà les rapports au savoir produit ses réponses à partir d’intrants provenant de sociétés humaines dont les données portent leurs biais, leurs hiérarchies et leurs angles morts, peut-on encore parler d’égalité des chances ?
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Aussi, le problème dépasse-t-il largement le cas isolé d’Haïti et touche aux récits dominants sur lesquels nous, Haïtiens, n’avons jamais véritablement eu de prise.

Qui raconte Haïti à l’intelligence artificielle ? 

Qui documente son histoire, son vécu et ses réussites de manière juste, plurielle, non partisane et fidèle à nos réalités ?

Si nos jeunes restent essentiellement consommateurs de l'IA pendant que d’autres produisent et intèrent les données, puis fixent les catégories, le jeu risque d’être biaisé avant même le coup d’envoi.

Pour un peuple dont l’indépendance, arrachée par le combat de nos ancêtres, a déjà valu une mise à l’écart internationale qui perdure sous d’autres formes, le danger est immense.

N’ajouterait-on pas à la fracture numérique une fracture cognitive, au risque d’apprendre à nos jeunes à regarder leur propre pays avec les yeux des autres ?

Afin de conjurer ce péril, l’État et les universités ne devraient-ils pas impulser la numérisation de nos mémoires écrites et orales ? Pourquoi ne pas créer nos propres corpus et former une génération de bâtisseurs plutôt que de simples consommateurs ?

Comment donner aux jeunes Haïtiens les moyens d’inscrire Haïti dans cette intelligence artificielle, au lieu de n’en être que les spectateurs ?

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