Haïti, la tutelle permanente ?

image principale de l'article Haïti, la tutelle permanente ? dans le blog MT1969 de Michelson Thomas

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En ce 1er janvier 2026 qui marque le 222ème anniversaire de notre indépendance, je pense étrangement à Aimé Césaire, poète, écrivain, qui me fascine autant qu'il m'agace, pour avoir été un grand visionnaire sur le papier, mais un homme de « compromis » dans la pratique.

Et pour cause : homme politique martiniquais de gauche, il a longtemps navigué entre la dénonciation et l'accommodement avec l'État français. 

Je prends pour exemple son Discours sur le colonialisme publié en 1950, dans lequel il soutenait que la colonisation n'était pas une mission, mais une entreprise de chosification, où les « civilisateurs » transformaient des terres en butin et des hommes en biens meubles. 
Soixante-seize ans plus tard, Haïti n'en est-il pas la vérification cinglante ?

En payant de 1825 à 1947 la somme extorquée de 150 millions de francs-or à la France, pour une liberté gagnée, Haïti a indemnisé le colon-maître pour perte d'esclaves.

N'est-ce pas la forme la plus abjecte de la chosification érigée en droit international, avalisant que des hommes libres puissent avoir un prix ? 

Le vocabulaire, depuis, a changé pour ne plus parler de « mission civilisatrice » mais de transition politique accompagnée avec des instruments Core Group, MSSM etc. qui transpirent la même logique de domination.

Césaire nous avait avertis : nommer juste est un acte moral. Appeler tutelle ce qui se présente en coopération, c'est laisser l'inacceptable devenir statistique et dossier classé.

Car c'est là notre vertige : nous avons oublié avoir été un peuple ayant incarné l'universel avant que l'universalisme européen daigne s'appliquer à nous; réduit depuis à l'état d'exception permanente, humanitaire et sécuritaire.

L'indifférence, rappelait Césaire, est une complicité, et elle a, ici, plusieurs visages.

Premièrement, celui de la communauté internationale, qui orchestre une tutelle dominatrice en la nommant partenariat. 

Deuxièmement, celui des élites haïtiennes, compradores jusqu'à l'os, qui ont intériorisé la chosification de leur propre peuple comme mode de gouvernance prédatrice. 

Troisièmement, celui d'Haïtiens vivant à l'étranger, prompts aux déclarations enflammées depuis leurs certitudes lointaines. 

Et finalement, celui qu'on évite de nommer, cette majorité du pays réel, silencieuse et épuisée qui n'existe que par à-coups à travers des colères sporadiques, des mobilisations sans lendemain, souvent monitorées, presque toujours récupérées et étouffées avant qu'elles ne deviennent porteuses de changement durable. 

Nous assistons à une dépossession si méthodique, si patiente, qu'elle a fini par ressembler à une résignation qui suscite des interrogations troublantes:
  1. Nous sommes-nous tous habitués, à des degrés divers, avec des responsabilités inégales, mais habitués ? 
  2. Et si cette habitude, confortable pour les uns, imposée pour le plus grand nombre, était la forme la plus insidieuse, la plus durable de la chosification ? 
  3. Jusqu'où faudra-t-il que la braise monte avant que nous consentions, enfin, à ne plus nous y habituer ?

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