TPS HAÏTI : CHRONIQUE D’UNE ÉCHÉANCE ANNONCÉE

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L’expiration imminente, fin juillet, du Statut de protection temporaire (TPS) pour nos compatriotes aux États-Unis nous remplit d'une vive inquiétude, d’autant qu’elle s’inscrit dans un durcissement généralisé de la politique migratoire américaine.


Face à cette vague restrictionniste qui frappe également plusieurs autres nations bénéficiaires comme le Honduras, le Nicaragua, le Cameroun ou le Népal, nous pensons qu'aucune action diplomatique, aussi aguerrie soit-elle, n'aurait véritablement suffi à infléchir un tel revirement de politique intérieure. 

Cette réserve posée, quelques questions me travaillent :

  1. Qu’avons-nous fait de ces seize années depuis la désignation d’Haïti au TPS, après le séisme du 12 janvier 2010, pour préparer ce moment plutôt que de le subir ?
  2. Administrations américaines, présidences haïtiennes, gouvernements et chancelleries se sont succédé. Quel suivi institutionnel continu avons-nous instauré autour de ce dossier ?
  3. Le ministère des Haïtiens vivant à l’étranger (MHAVE) a-t-il mis en place une véritable politique sectorielle de suivi du TPS permettant à l'État de disposer de données actualisées sur les bénéficiaires, ou, plus largement, d'une mémoire administrative intégrée ?

Ces mécanismes auraient probablement peu pesé sur la décision finale de Washington relativement à Haïti, mais je reste convaincu qu’ils auraient permis d’en atténuer la brutalité et de mieux préparer les familles à l’échéance.


La Société civile haïtiano-américaine mérite également un examen de conscience à la lumière des trois (3) interrogations suivantes:

  1. Quel accompagnement a-t-elle proposé aux bénéficiaires ?
  2. Quelles passerelles juridiques ont été systématiquement explorées pour ces familles ?
  3. Quels investissements socio-professionnels et éducatifs ont été conçus pour favoriser l’ancrage durable de leurs enfants au sein de la société américaine et renforcer leur capacité à y construire leur avenir ?

Je suis surtout pétri de l’idée que, pour un dossier engageant le destin de centaines de milliers de compatriotes, il fallait travailler au-delà des fidélités partisanes : démocrates et républicains, gouverneurs, parlementaires, patronat, syndicats, universités, Églises, associations communautaires.


Voilà précisément où surgit l’une de nos tares collectives : le court-termisme. Nos gouvernements gèrent l’urgence jusqu’à la suivante. Nos consulats demeurent absorbés par les affaires courantes. Notre diplomatie peine à convertir le poids démographique, économique et intellectuel de la diaspora en une capacité d’influence. Et pendant seize ans, l’horloge tournait.


Dans un prochain article, je reviendrai sur les pistes diplomatiques et juridiques encore envisageables, après avoir consulté des juristes, des diplomates, des spécialistes des politiques migratoires et des acteurs communautaires indépendants des chapelles partisanes. Notre espace public gagnerait d’ailleurs à accorder à ces derniers davantage de micros, de colonnes et de plateaux que ne le font les grosses gueules sonores, omniprésentes et souvent dépourvues de toute vision à long terme.


Car derrière le TPS demeure une interrogation autrement plus vaste : Haïti apprendra-t-elle finalement à anticiper son avenir, ou attendra-t-elle que les échéances deviennent des crises avant de commencer à réfléchir ?

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