De la MINUSTAH à la FRG, le legs inavoué des forces étrangères

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Dimanche 18 octobre, dans la plaine du Cul-de-Sac, quatre militaires salvadoriens de la Force de répression des gangs (FRG) sont tombés dans une embuscade à Croix-des-Bouquets. Depuis, aucune nouvelle d'eux.

Au moment où nous écrivons ces lignes, les versions divergent. Certaines sources les disent morts, alors que San Salvador n'a confirmé que leur disparition et que les gangs empêchent toujours les secours d'atteindre la zone.
Entre-temps, des contingents ont été mobilisés sous une impressionnante couverture aérienne pour les retrouver, et la presse, tant nationale qu'internationale, a relayé l'angoisse d'un pays ami qui avait dépêché ces hommes affronter les groupes armés qui terrorisent notre population. Leur sort nous concerne, et nos pensées vont aux Salvadoriens et aux familles des disparus.

Cette mobilisation, somme toute légitime, oblige pourtant à une question. Qui s'est jamais mobilisé de la sorte pour les victimes haïtiennes, lorsque certains de ceux venus nous protéger sont devenus leurs agresseurs ?

Sous la MINUSTAH, plus d'une centaine de casques bleus sri-lankais ont été rapatriés en 2007 pour exploitation sexuelle, y compris de mineurs.

Selon l'Associated Press, aucun n'a été emprisonné. Des chercheurs ont recueilli 265 récits d'enfants nés de soldats de la paix puis abandonnés, ceux que l'on appelle chez nous les « petits MINUSTAH ».

En 2020, un tribunal de Jacmel a condamné un ancien casque bleu uruguayen à verser une pension alimentaire. La décision n'a jamais été exécutée.
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La Mission multinationale d'appui à la sécurité (MMAS), conduite par le Kenya, n'a pas rompu avec ce passé accablant. Un rapport des Nations unies y relève quatre cas de violences sexuelles, dont le viol d'une fillette de douze ans. Nairobi les a jugés infondés, alors qu'une seule enquête interne avait été menée. 

Faute d'être une force onusienne, la mission échappait même aux organes de contrôle de l'ONU, pourtant peu redoutés.

La FRG relève du même régime. Elle a été autorisée par le Conseil de sécurité sans être placée sous son commandement. 

Nous attendons d'elle, l'espoir chevillé au corps, qu'elle fasse plus que desserrer l'étau des gangs, afin de permettre le retour des déplacés dans leurs foyers et l'organisation d'élections générales, prélude à des gouvernements légitimes et à la stabilité à laquelle nous aspirons depuis, disons 1986.

On juge un entraîneur moins à ses victoires d'un soir qu'à l'équipe qu'il laisse derrière lui. Il en va de même d'une force armée, dont on mesure aussi la valeur à son legs.

Aussi, avant que cette mission ne s'installe dans la durée, l'État haïtien devrait-il, en tirant les leçons du passé, exiger des garde-fous, à commencer par la mise en place d'un mécanisme de plainte indépendant de la chaîne de commandement, la compétence de nos tribunaux pour les crimes commis contre des mineurs, des procédures de reconnaissance de paternité et des réparations effectives.

Ces garanties seraient idoines dans les accords qui encadrent la présence de ces troupes, car une sécurité payée au prix de l'impunité ne serait, vu sous un angle,  qu'un autre visage de l'insécurité.

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