Scandale des vrais-faux passeports : le monde nous regarde

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Le scandale des « vrais-faux passeports » a déjà livré son premier réflexe haïtien : on arrête, on libère, on révoque, on installe une commission, puis l’on espère que le vacarme suffira à tenir lieu de justice, de mesures correctives sérieuses et de garanties institutionnelles capables de prévenir le retour de telles dérives.
Le 23 mars dernier, le Directeur de la Direction de l’Immigration et de l’Émigration (DIE), Antoine Jean Simon Fénélon, ainsi que neuf cadres, ont été interpellés dans le cadre d’une enquête sur des passeports haïtiens authentiques obtenus de manière irrégulière par des étrangers. Libérés le 27 mars, les intéressés ont ensuite vu le directeur écarté au profit d’une commission provisoire. 

Dans la forme, l’État a donc réagi, moins par réflexe institutionnel que sous la pression d’un scandale exposé dans l’opinion publique nationale et internationale. Sur le fond, le pays attend toujours des comptes, d'autant que nous avons oui dire que plusieurs mois avant les interpellations, des responsables de l’immigration avaient déjà alerté le ministère de l’Intérieur sur l’urgence d’actualiser le système de personnalisation des passeports, installé en 2003 puis renouvelé en 2013.

Apparemment, les déficiences étaient connues et les alertes existaient déjà, tout comme les outils, les expertises, les révisions et les recommandations issues d’études tant internationales que nationales.

Ce qui manque, encore et toujours, c’est une volonté claire, au plus haut niveau de l’État, de transformer l’appareil administratif en un véritable écosystème institutionnel de traçabilité et de responsabilité rigoureuses.

Un passeport engage la signature d’un État. Dès lors que sa production ou sa circulation basculent dans l’irrégularité, c’est la crédibilité du pays tout entier qui se trouve altérée, y compris celle de ses ressortissants appelés à voyager.

Conséquences: les partenaires étrangers doutent, les contrôles se durcissent aux frontières et la population paie le prix de défaillances qu’elle a trop longtemps regardées, sans les interroger avec l’exigence civique et citoyenne nécessaire.

Aussi, le vrai sujet déborde-t-il largement le cas de quelques agents présentés comme de commodes boucs émissaires.

Il remonte toute la chaîne administrative : recrutement, supervision, contrôle, audit, sécurité informatique, interférences politiques, réseaux de protection.

Et dès lors qu’un système accumule les alertes, les rapports alarmants sans corriger ses failles, il cesse d’être une simple victime de ses dysfonctionnements pour en devenir l’artisan, parfois même le protecteur silencieux, voire pernicieux.

Aussi, en citoyen inquiet et en observateur de la gestion des politiques migratoires, une question s’impose : comment restaurer la confiance dans l’État haïtien si un document aussi sensible que son passeport échappe encore à une gouvernance rigoureuse ?

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