Haïti, énième laboratoire du paradoxe de l'aide internationale

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_Notre pays incarne une réalité troublante._

Depuis 2010, la communauté internationale y a déversé plus de 13 milliards de dollars d'aide , transformant le pays en « République des ONG ». 
Or, sans institutions solides pour l'absorber, cet argent s'est évaporé dans des circuits opaques plutôt que de nourrir le développement et de répondre aux besoins réels des citoyens.

Comme en Afrique, où des milliards de dollars d'aide n'ont pas empêché la pauvreté de croître faute de structures viables pour les canaliser, Haïti illustre une vérité toute aussi dérangeante : l'argent corrompt les titulaires des institutions qui peinent à se structurer et finissent par perdre leur légitimité institutionnelle, tant leur pertinence est questionnée par une population qui ne perçoit ni résultats tangibles ni cohérence stratégique.

Le MJSAC, miné par l’accumulation des dérives, dénonciations et inculpations sans suite, illustre ce phénomène accablant qui conduit à une jeunesse désabusée, ayant perdu confiance en ses représentants.

Faute d’institutions solides capables d’assurer la continuité de l’action publique, les politiques, souvent conçues sous la pression d'agendas de donateurs externes ou de l’urgence politique, se transforment en catalogues d’intentions plutôt qu’en leviers de transformation. Elles s’empilent, se superposent, se contredisent parfois, nourrissant une impression d’improvisation permanente.

Le scandale des fonds PetroCaribe, ces 3,8 milliards de dollars de prêts vénézuéliens détournés par les élites haïtiennes entre 2008 et 2016, révèle ce pernicieux et vicieux mécanisme. 

L'argent public, sans contrôle démocratique, alimente des comptes personnels offshore qui échappent à tout mécanisme de reddition de comptes

Comme l'analysait l'économiste Dambisa Moyo dans « Dead Aid » (2009), l'aide génère une « dépendance pathologique » qui étouffe l'entrepreneuriat local.

Et pour cause, les conséquences sont paradoxales et désastreuses: l'importation outrancière de denrées et vivres alimentaires exonérés et parfois offertes en dons tuent les agriculteurs, les vêtements de seconde main asphyxient l'industrie textile pour ne citer que cela.

Le problème fondamental vient du fait que l'aide humanitaire, par son caractère permanent, remplace l'État au lieu de le renforcer. 

Haïti possède pourtant des fondations caractéristiques d'une économie viable – main-d'œuvre jeune, diaspora entreprenante – mais manque de garde-fous institutionnels essentiels tels une stabilité politique, un système judiciaire fiable qui lutte contre l'impunité, des droits de propriété garantis, des gouvernants soumis aux verdict des urnes, et j'en passe.

L'expérience haïtienne confirme que la richesse doit émerger de « choses basiques » comme la violence légitime de l'état, la règle de droit, la concurrence loyale, la responsabilité politique devant les mandants, etc. 

Sans cela, des milliards continueront de s'évaporer et l'aide, au lieu d'être un remède ne cessera d'être un poison.




Références bibliographiques :

  • Moyo, D. (2009). Dead Aid: Why Aid Is Not Working and How There Is a Better Way for Africa. Farrar, Straus and Giroux.
  • Deaton, A. (2013). The Great Escape: Health, Wealth, and the Origins of Inequality. Princeton University Press.
  • Banque mondiale (2021). World Development Report: Data for Better Lives.
  • Commission sénatoriale haïtienne sur les fonds PetroCaribe (2019). Rapport d'enquête.
  • Acemoglu, D. & Robinson, J. (2012). Why Nations Fail: The Origins of Power, Prosperity, and Poverty. Crown Publishers.

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